L’exposition “Paris Haussmann, modèle de ville” qui se tiendra jusqu’au 4 juin 2017 au Pavillon de l’Arsenal à Paris, présente les résultats d’une étude portant sur les immeubles haussmanniens de la capitale – ⅔ de la surface bâtie ! – et d’une dizaine d’autres grandes villes. Plutôt que de s’intéresser au contexte politique ou à l’idéologie hygiéniste ayant porté le projet du baron Haussmann à l’époque, les chercheurs ont fait le choix d’analyser les caractéristiques techniques, notamment énergétiques, des bâtiments et des îlots. Une approche riche d’enseignements !


Les bâtiments haussmanniens : une performance énergétique surprenante

Un très grand nombre de données ont été récoltées sur les bâtiments haussmanniens étudiés :

    • périmètre des bâtiments ;
    • surface au sol ;
    • hauteur sous toit ;
    • compacité ;
    • coefficient d’emprise au sol ;
    • … et bien d’autres ratios !

La compilation et la comparaison de l’ensemble des mesures effectuées a étonnamment démontré que le modèle urbain haussmannien était un bon élève en matière d’isolation thermique, de luminosité et de ventilation naturelle. Comment expliquer une telle performance énergétique sur des immeubles construits sans préoccupation environnementale ?


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Les contraintes de construction imposées par Haussmann principalement sur la façade des immeubles (nombre d’ouvertures, hauteur des plafonds, nombre d’étages, balcons, etc.) ont eu un effet collatéral bénéfique : l’enveloppe extérieure des bâtiments est de bonne qualité et répond à une bonne partie des normes énergétiques actuelles, notamment en favorisant la compacité et la matérialité.

Une sorte d’efficacité énergétique embarquée dans la façade, qui a de plus le mérite de faciliter la conversion et la mixité des usages – les immeubles sont aussi bien utilisables pour du commerce, du stockage, du résidentiel ou du tertiaire. Cette ossature aux excellentes propriétés assure donc la longévité du bâtiment, dont l’intérieur est modulable au-delà de l’usage prévu lors de sa construction.

Comparer les dépenses énergétiques des bâtiments

L’étude a également comparé les performances :

    • des bâtiments haussmanniens français et ceux d’autres villes dotées du même type de patrimoine (Brasilia, New-York, Barcelone, Moscou, Berlin…) ;
    • des bâtiments de différents styles (haussmanniens, maisons en bande, grands ensembles contemporains, etc.).
    • des îlots présentant des caractéristiques uniformes en termes de style mais dont la forme générale est différente (façades dont le périmètre total forme un îlot triangulaire, rectangulaire, etc.).

Cette dernière segmentation, regroupant par sous-catégorie des îlots présentant de fortes similitudes, permet de faire ressortir plus rapidement le moindre écart par rapport à la norme dans les métriques énergétiques relevées, invitant ensuite à une analyse plus détaillée, bâtiment par bâtiment. Les sites extra-ordinaires ou anormaux émergent naturellement de cette analyse comparative.

Les résultats de telles comparaisons ? Les nouvelles normes de construction et les nouveaux types d’architecture, même s’ils se rapprochent parfois des standards haussmanniens, ne les ont pas tout à fait égalées. Les projets les plus récents, alors qu’ils visent explicitement l’efficacité énergétique et cherchent à répondre à des critères de développement durable, ne sont en effet pas parvenus à être aussi performants que certains bâtiments anciens, qui ne doivent pourtant leurs bons résultats énergétiques qu’à une démarche contre-intuitive, tournée vers l’excellence architecturale et les normes de confort et d’hygiène de l’époque.

Dépasser l’aura entourant le personnage historique et politique du baron Haussmann pour s’intéresser aux caractéristiques techniques de ses immeubles, voilà l’ambition de « Paris Haussmann, modèle de ville ». Mais la recherche déductive et les analyses chiffrées au cœur de l’exposition contribuent finalement à renforcer l’intemporalité du modèle haussmannien : des bâtiments exemplaires en termes de confort ET de performance énergétique.

Soyez notifié lors de la sortie du guide d’analyse « Stratégie décret tertiaire » 

Christophe Corbel

Publié par Christophe Corbel

Chef de Projets Sénior chez Deepki.