Les bailleurs sociaux doivent répondre à une volonté forte de transformer un secteur confronté à la transition énergétique, exprimée notamment à travers le récent plan climat et la loi ÉLAN. Ces transformations sont une chance pour les bailleurs sociaux, qui peuvent profiter des innovations digitales du secteur pour répondre à un de leurs grands enjeux : la gestion des charges (prévision, ventilation et maîtrise). Le suivi précis des consommations énergétiques permet en effet aujourd’hui d’améliorer cette gestion et d’en tirer profit pour améliorer la performance énergétique – et diminuer les dépenses ! Explications.


#1 Le quotidien des bailleurs sociaux : la ventilation des charges

Un parc immobilier obsolète
Les bailleurs sociaux gèrent un parc d’environ 5 millions de logements sociaux construits avant 1975.

Pour gérer au mieux les charges des locataires, les gestionnaires de logements sociaux doivent être capables de suivre au plus près les frais de chauffage liés à chaque bâtiment. Objectifs : estimer au plus juste les consommations futures afin de pouvoir appeler des montants de charges les plus précis possible auprès des locataires. Les rattrapages en cas de mauvaise estimation sont en effet toujours difficiles à justifier. Au-delà du sujet des estimations, les bailleurs sociaux ont par ailleurs une volonté forte de faire baisser les consommations énergétiques pour diminuer les charges locatives.

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#2 Un meilleur suivi des consommations pour une meilleure performance énergétique

Fortement dépendants jusqu’à aujourd’hui des données de chauffage fournies par les exploitants (souvent via une relève manuelle, pouvant entraîner des erreurs de saisie) et des factures papier des fournisseurs, les bailleurs sociaux ont besoin de fiabiliser et standardiser les données entrantes. Cette fiabilisation garantit la connaissance précise de la consommation énergétique des chaufferies qu’ils gèrent pour facturer les frais au plus juste. Au-delà des données fournies par leurs prestataires, d’autres sources de données sont disponibles dont les relevés de consommation et les coefficients de conversion des distributeurs, pour avoir une vision précise et totalement neutre des charges de chauffage.

À partir de ces données centralisées, harmonisées, fiables, vérifiées et régulières, ils pourront ensuite détecter deux grandes familles d’anomalies :

  • les dérives de consommation pendant la période de chauffe (sans attendre donc la fin de celle-ci) : à charge pour les exploitants de déterminer les actions à mener en fonction de leur connaissance terrain – régulation, changement d’équipement de chauffage etc.
  • les chaufferies sur-consommatrices par rapport au reste du parc : à charge pour les bailleurs sociaux de baisser les consommations cibles dans les prochains appels d’offres ou bien cibler les chaufferies à rénover.

Utiliser une multitude de sources de données, les croiser et les fiabiliser dans une application dédiée peut donc tout à la fois faciliter le travail des bailleurs sociaux et leur permettre d’optimiser les interventions des exploitants.

#3 Un maillage plus fin… mais une plus grande complexité

L’obligation de mettre en place des systèmes individuels de sous-comptage représente un nouveau défi pour les bailleurs sociaux. La mesure, initiée par la loi N°2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, s’impose aujourd’hui à tous les immeubles collectifs « d’habitation ou mixtes pourvus d’installation centrale de chauffage ». Bien que cette obligation amène une granularité plus fine, elle complexifie également l’analyse des données en les démultipliant.

La modification de cette mesure par la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 dite loi ÉLAN, vient encore renforcer les prérogatives des gestionnaires de logements sociaux en matière de gestion énergétique. Elle autorise en effet le recours à des installations de régulation capables de réduire les consommations d’énergie : les bailleurs sociaux ne se contentent plus de constater les consommations, ils peuvent aller plus loin dans l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments.

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Face aux nombreux défis qui se présentent à eux, dans un contexte de multiplicité des données et sources de données, les bailleurs sociaux n’ont d’autre solution que de franchir le cap de la digitalisation pour traiter efficacement et automatiquement leurs volumes de données énergétiques. En adoptant des solutions intelligentes, capables d’intégrer automatiquement les données de consommation et de les croiser entre elles, ils pourront obtenir les résultats attendus en matière de performance énergétique des bâtiments et ainsi réduire les charges supportées par les locataires.

Joanna Todorova

Publié par Joanna Todorova